Djerba
Connue et reconnue, maintes fois louée, chantée, décrite, photographiée et visitée, Djerba fait partie des sites incontournables de tout séjour tunisien. Il est vrai qu'elle a quelques atouts. Flottant comme un mirage aux portes du désert, douce par son climat exceptionnel et ses paysages, captivante par ses petites maisons blanches aux allures de fortin éparpillées dans la nature, elle regorge d'histoires et de légendes. Homère y fit aborder Ulysse, lequel, séduit comme ses compagnons par cette douceur merveilleuse, littéralement enchanté après avoir goûté de mystérieux lotos, fruit-fleur au goût de miel, s'arracha avec peine de l'endroit... Il en est de même avec nos contemporains. Ici, ce qui retient désormais les gens, ce sont les 125 km de côtes sableuses et la température de la mer.
L'histoire de Djerba, comme celle de toute île convoitée, fut tumultueuse. Certains vestiges témoignent qu'elle fut tour à tour comptoir phénicien, ville carthaginoise, puis romaine. Elle connut les occupations les plus diverses et les pirates. Le judaïsme y a fondé sa plus ancienne colonie à Er-Riyadh et bâti la célèbre Synagogue de la Ghriba dont le pèlerinage rassemblait une fois l'an tous les Juifs d'Afrique du Nord. Le christianisme y a trouvé accueil. L'islam a fini par l'emporter et compte désormais quelques 300 édifices religieux entre marabouts, mosquées traditionnelles et autres zaouïas chaulées à neuf chaque année. Peuplée depuis des temps immémoriaux par des Berbères, l'île fut convertie à l'islam lors de la conquête arabe. Tolérants, accommodants, ouverts à tout mais très individualistes, ces Berbères se sont organisés en familles patriarcales indépendantes, vivant en quasi autarcie des produits cultivés sur leurs menzels, petite exploitation composée d'un puits et d'une maison aux murs épais en moellons surmontés d'un toit en coupole ou en terrasse, qu'entourent des champs de céréales, de petits vignobles, de grenadiers, d'orangers, de citronniers, d'amandiers et de figuiers, le tout délimité par des levées de terre plantées de haies de cactus. Courant de l'une à l'autre, entre la ceinture de palmiers sauvages qui ne donnent que des dattes juste bonnes pour les chameaux et les plantations de très vieux oliviers peu productifs, des chemins de terre évitant les agglomérations et longeant les vergers pourraient laisser croire que l'île est une sorte de paradis vide d'habitants. Nullement. Elle possède même une population d'une densité nettement plus élevée que la moyenne nationale. Le tourisme y est pour beaucoup procurant travail et débouchés aux habitants.